Présentation

La revue scientifique Intermédialités : histoire et théorie des arts, des lettres et des techniques publie, en français et en anglais, des articles  et des contributions en recherche-création embrassant une diversité d’objets, de supports, et traversant une variété d’axes conceptuels. Parce qu’elle entend mettre en valeur des pratiques artistiques intermédiales actuelles, la revue reçoit également la collaboration régulière d’artistes invités.

Intermédialités aborde l’étude des relations entre les médias, les techniques, les institutions, les imaginaires et les discours sociaux afin d’approfondir et de renouveler les approches contextuelles dans le domaine des arts et lettres. La revue concerne ainsi un vaste ensemble de disciplines, dont les études médiatiques, cinématographiques et littéraires, l’histoire de l’art et la communication mais aussi l’architecture, l’anthropologie, la sociologie ou la philosophie.

La revue publie deux numéros thématiques par année, construits chacun autour d’un verbe à l’infinitif qui renvoie à des gestes, des pratiques, des actions ou des faits dont il s’agit d’explorer la médialité.

Orientation

Dépassant les perspectives de l’intertextualité et de l’interdiscursivité,  l’intermédialité « observe qu’une œuvre ne fonctionne pas seulement dans ses dettes plus ou moins reconnues envers telles autres œuvres, ou dans la mobilisation de compétences discursives (au besoin usurpées), mais également dans le recours à des institutions qui en permettent l’efficacité et à des supports matériels qui en déterminent l’effectivité. (…) l’efficacité orchestrée par les institutions et l’effectivité induite par les techniques et les matériaux produisent, au bout du compte, des effets de sens » (Éric Méchoulan, « Intermédialités : le temps des illusions perdues », no. 1 « Naître », 2003, p. 10).

Dans cette perspective, la revue Intermédialités se propose d’approcher les productions culturelles comme des processus de médiation. Il s’agit de se dégager d’une approche limitée aux médias d’information et de divertissement ou aux médiums de l’art pour envisager la médialité au sens large, en tant qu’elle « renvoie aux modes d’objectivation, de transmission et de circulation de l’expression culturelle sous toutes ses formes. Elle peut donc désigner tout autant des objets et des machines que des formations discursives ou des formes de sociabilité » (Will Straw, « Introduction », no. 26 « Habiter (la nuit) », 2015, §10). L’analyse intermédiale implique une attention aux singularités des objets, des milieux et des expériences, ainsi qu’une confiance accordée à leur force heuristique : elle n’implique pas de déterminisme technologique ni ne vise à dégager des logiques macrosociales, tout en étant attentive aux effets structurants des diverses formes de matérialités impliquées dans la production de sens.

En tant que revue pluridisciplinaire, Intermédialités se distingue par son parti pris à la fois théorique et historique : elle accueille une grande variété d’assises conceptuelles d’un article à l’autre, en s’appuyant sur l’idée d’une nécessaire adaptation méthodologique et théorique aux cas qu’il s’agit d’étudier. Grâce à cette ouverture, la revue entend constituer un espace d’inventivité conceptuelle dans la compréhension des liens entre expression culturelle et pratiques sociales. De plus, Intermédialités accorde une place importante à la création contemporaine, en tant qu’elle participe à réfléchir l’intermédialité.

Histoire

Intermédialités a été fondée en 2003 par Éric Méchoulan au sein du Centre de recherche sur l’intermédialité de l’Université de Montréal (CRI). Elle a été dirigée par Johanne Lamoureux entre 2006 et 2009, par Philippe Despoix entre 2009 et 2013, et se trouve actuellement sous la direction de Marion Froger. Depuis sa création, la revue a pu compter sur la rencontre entre le « creuset montréalais » et un « collectif international » pour développer « une problématisation propre qui n’est, somme toute, pas réductible aux approches médiatiques ayant cours ailleurs » selon les mots de Philippe Despoix :

Certes, notre réflexion s’est déployée dans une confrontation—le plus souvent critique—aux propositions de la médiologie française, aux travaux de l’école kittlerienne dans le monde germanique, ou encore, aux études intermédiatiques pratiquées en Europe du Nord et aux États-Unis. Mais elle s’est inspirée de l’importante impulsion que le développement des recherches locales sur le « cinéma des premiers temps » a donné à l’étude de ce médium [4] pour la transposer dans un cadre pluridisciplinaire ouvert, et vers des recherches intermédiales plurielles issues aussi bien de l’histoire de l’imprimé et des pratiques de lecture que des déclinaisons warburgiennes sur la fonction de l’art. Il n’est pas indifférent que ces pratiques de recherche intermédiale aient trouvé leur lieu singulier dans les interstices—toujours fragiles—qu’autorisait la porosité caractéristique des frontières culturelles et institutionnelles montréalaises [Philippe Despoix, no. 20 « Traverser », 2012-2013, §5].

Depuis 2013, après dix ans d’existence et vingt numéros parus sur support papier, la revue publie tous ses numéros réguliers sur support numérique et les diffuse sur le portail Érudit en format HTML, document PDF et fichier epub adaptés à la lecture sur tablettes. Cette mutation progressive a permis d’enrichir la revue de types de matériaux (vidéos, enregistrements sonores, bases de données, sites web interactifs) fermés au papier. Dans le prolongement du classique dossier d’artiste qui faisait la singularité d’Intermédialités en version imprimée, ces formats sont utilisés au sein des articles, à titre d’illustrations, et dans les rubriques récemment créées telles que « Recherche-création » et « Contrepoints—suppléments web radio » qui témoignent de la place grandissante accordée par la revue aux croisements entre théorie et pratiques médiatiques.