Changement d’état, mutation, chaos, nouveaux horizons, rencontre avec des normes, premières fois, moment de prise de conscience identitaire… grandir est un processus fait d’étapes douloureuses et enivrantes. L’enfance et l’adolescence, caractérisées par un flou définitionnel, constituent des états transitoires dont les frontières et les images varient en fonction des cultures ou des époques.
Ce numéro d’Intermédialités explore les manières dont le cinéma, la télévision, la littérature, les arts visuels et les médias numériques racontent et donnent forme à ce parcours délicat. Les objets médiatiques normativisent les modalités de la transition à l’âge adulte et contribuent à l’interprétation de ce que cette étape signifie, en remplissant une triple fonction : prescriptive, contre-hégémonique, ou encore accompagnatrice de notre compréhension d’un devenir.
La littérature, le cinéma et les médias ont créé un imaginaire de l’adolescence comme une phase de transition, construite sur une idée de négation, de changement et d’opposition. D’autres concepts fondamentaux se branchent à ces premiers constats : point de vue marginal, sensibilités mineures, apprentissage, mémoire, nostalgie, relation à la communauté. Les représentations médiatiques adoptent par ailleurs fréquemment une posture adultiste, reproduisant un rapport de domination à travers une vision « rassurante » de l’enfance comme vulnérable, naïve, asexuée et à protéger. Elles proposent toutefois aussi des images de rupture et d’utopie capables d’ouvrir des alternatives aux injonctions courantes.
En retour, enfance et adolescence sont à penser comme des catégories conceptuelles essentielles pour comprendre les médias. L’intermédialité est conçue ici comme un outil permettant de révéler les caractéristiques esthétiques et formelles, mais aussi les dimensions sociale, communautaire et politique de ces rencontres médiatiques. Observer leur matière multiforme et les replacer dans leurs contextes permet de faire émerger relations, emprunts et ancrages multiples. Le lien entre grandir et intermédialité devient alors manifeste : l’espace intermédial accompagne la croissance, se transforme avec elle et se reconfigure au contact des discours qui lui donnent forme.
Les neuf textes réunis dans ce numéro rendent visibles certaines de ces formes signifiantes, afin d’ouvrir le dialogue sur un thème d’une actualité et d’une portée sociale et culturelle majeure, tout en se laissant surprendre.
Sommaire
Introduction. Grandir : entre adultisme, regards en arrière et utopie
Marta Boni, Université de Montréal et Stéfany Boisvert, UQÀM
Articles
Grandir, une fin heureuse ? La construction intermédiale de l’enfant-nation dans Shrek et Maléfique
Lisa Schwencke, Université de Montréal / Aix-Marseille Université
Parenting with Metal: Extreme Media Literacy Between Generations
Ruth Barratt-Peacock, University of Huddersfield
The Public Servant and the Auteur: A Comparative Analysis of Julie Andem’s and Sam Levinson’s Showrunning Approaches
Stefania Marghitu, University of Alabama et Gry C. Rustad, University of Oslo
Une écriture haptique du devenir-femme : Clèves et Fabriquer une femme de Marie Darrieussecq
Gabrielle Flipot Meunier, Université de Montréal / Sorbonne Université
“One Pill Makes You Larger and One Pill Makes You Small”: Queering Age and Time in Meow Wolf and “White Rabbit”
Sarah E. S. Sinwell, University of Utah
The Wraith of Childhood: How Contemporary TV Series Set the Origin of Characters’ Vulnerability—and of Creative Developments—On Childhood Trauma
Marta Boni, Université de Montréal
La temporalité de l’enfance et le vieillissement précoce dans le cinéma de Sohrab Shahid Saless
Mahdis Mohammadi, LISAA / Université Gustave Eiffel
Grandir dans un monde en transition : Ma, perception médiale et rite initiatique dans Le Voyage de Chihiro (2002)
Sara Bouvelle, Université de Montréal
Dossier d’artiste
Nova’s Film: Notes on a Toddler’s iPhone Movie
Caroline Bem, Université de Montréal