À la différence des cartes officielles, indissociables du pouvoir, la contre-cartographie désigne des initiatives alternatives, citoyennes, autochtones, militantes ou artistiques qui s’opposent à l’ordre établi. Si le terme counter-mapping a été largement adopté par les géographes pour aborder les enjeux de délimitation, de gestion du territoire et de gouvernance, il a été relativement peu étudié en tant que pratique. Ce numéro d’Intermédialités vise à combler cette lacune en examinant dans quelle mesure l’histoire de l’art et les études médiatiques contribuent au domaine de la contre-cartographie. Les cartes sont envisagées comme des images porteuses d’une histoire et d’une agentivité qui leur sont propres. Au-delà de la représentation, l’approche intermédiale permet de comprendre l’ensemble des conditions de production, de circulation et d’efficacité des cartes, mais aussi de saisir les tensions, les fractures et les résistances qui les traversent.
Les articles de ce volume contribuent à élargir la définition de la contre-cartographie, sans nécessairement tracer une délimitation stricte des pratiques cartographiques. Ils explorent les qualités historiques, projectuelles, formelles et utopiques des contre-cartes à partir d’analyses qui pourraient également être qualifiées de contestataires, critiques, dissidentes ou radicales. L’intérêt est ainsi d’inscrire la réflexion sur la cartographie au sein d’approches actuelles de l’histoire de l’art et des médias qui révisent les canons en s’intéressant à des corpus visuels mineurs, à des « contre-archives » ou à des « contre-corpus ».
Sommaire
Introduction. Contre-cartographier
Christina Contandriopoulos, Université du Québec à Montréal
Articles
Paysage impérial
W. J. T. Mitchell, traduction par Michèle Giresse
La scène de Gaïa : La carte comme « théâtre de la condition écologique planétaire
Anna De Martino, Université de Catane / Centre Georg Simmel – EHESS-Paris
Matières premières. Pour une archéologie de la persistance des sols
Philippe Nys, Université Paris 8
BIENALSUR : une biennale archipélique ? Vers la fabrication de contre-cartographies
spatiales, temporelles et épistémologiques
Analays Álvarez Hernández, Université de Montréal
Deux corps. L’image contre la carte dans « White Hills » map de John Foster (1677)
Bianca Laliberté, Université du Québec à Montréal
Une architecture frontalière : étude des cartes et paysages de Joseph Bouchette (1774-1841)
Andréanne Martel, Université du Québec à Montréal / Université de Genève
Beothuk Shorelines: Counter-Mapping as Mapwriting and the Drawings of Shanawdithit
Nicholas Chare, Université de Montréal
Carte contre carte : lecture rapprochée des restes de Sainte-Cunégonde, —ou Harlem du
Nord
Stephan Kowal, Université de Montréal
« Un lien technique, affectif et visuel » : Hydroélectricité et cinéma documentaire à l’Office
national du film du Canada
Laure Bourgault, Université du Québec à Montréal / Université de Genève
Counter-Mapping Gentrification Through Small Stories: Microscales of Care, Affect, and
Place-based Relationality in Parc-Extension
Sepideh Shahamati, Université Laval et Tamara Vukov, Université de Montréal
Recherche-Création
The Matter of Maps. Counter-Mapping Public Art by Womxn in Tiohtià:ke / Montréal
Lena MK, Université de Montréal / Maison MONA
Note de Labo
Un atlas participatif de l’Île Verte : huit cartes pour dialoguer avec les habitants, les
traditions et l’environnement bâti de l’île
Patrick Evans, Université du Québec à Montréal et Emmanuelle Bergeron, Université du Québec à
Montréal
Dossier d’artiste
Cartographier la survivance : Al Anqaâ de Taysir Batniji
Valeria Téllez Niemeyer, Université du Québec à Montréal, Collectif PhaE et Hend Ben Salah, Université du Québec à Montréal, Collectif PhaE